Amsterdam ou Berlin-Est ?

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Aujourd’hui, Régine nous invite à voyager au cœur de ses souvenirs. Fraîchement débarquée à Amsterdam, elle découvre une ville et une vie très différentes de celles qu’elle a laissées en France.  À quoi ressemble Amsterdam au début des années 80 ? Découvrez-le en partie avec ce témoignage.

Un samedi d’octobre 1981, Amsterdam, Indische buurt.


« Tu viens, on va faire les courses ? », me dit mon chéri ; « Hurry up, les magasins vont bientôt fermer! », insiste-t-il.

Je lève la tête, soudain complètement déconcentrée. Tous les samedis, je m’attèle à la corvée des petites annonces – à peu près la seule façon de trouver du travail. J’ai une pile de journaux devant moi, que je feuillette, sans lire, jusqu’à la deuxième partie, là où se trouvent toutes les offres d’emplois. Je n’ai pas encore fini mon lunch : 2 tranches de pain complet tartinées de maquereau fumé et un verre de babeurre. Question nourriture, je m’assimile bravement !

« –  Mais, il est à peine 14 heures ! On a le temps, quand même !

–  Non, rétorque mon “petit” copain d’1m85. Si on veut aller au marché et ensuite au supermarché, il faut partir maintenant. Tout ferme à 17h le samedi et rien n’est ouvert le dimanche.

–  Oh, mais, même pas le boulanger pour du pain frais le dimanche matin ?

–  Non, même pas ! Et tout est fermé jusqu’à lundi 13h. »

 

Là, comme on dit ici,  j’ai soudain une mond vol tanden soit “une bouche pleine de dents”. Cela signifie que je ne sais plus quoi dire, et, croyez-moi, cela ne m’arrive pas souvent ! Moi qui pensais avoir emménagé dans un pays austère mais bien organisé, je commence à avoir des doutes. Suis-je à Amsterdam ou Berlin-Est ? Une grosse panique s’empare de moi.

« – Comment on fait alors s’il nous manque quelque chose demain, si rien n’est ouvert ? Imagine que mes petits choux soient ratés, que ces petits mignons ne lèvent pas dans le four ! Où trouver les oeufs pour recommencer la recette ?

–  Ah ben, à l’avondwinkel. Le magasin du soir. C’est un concept assez spécial, ouvert du début d’après-midi jusque vers minuit et où tous les produits coûtent le double. Il faut tout demander au vendeur qui se tient derrière un comptoir. En général, il y a une queue énorme pour se faire servir.

– Je suppose que ça doit pas être commun de rater ses petits choux. »

 

Je reste songeuse… Quand on y va pour demander des œufs ça va, mais quand on n’a plus de tampons ou de serviettes hygiéniques, j’imagine que c’est plus délicat. « Oui monsieur, les tampons extra large. Oui, la grosse boîte, là, juste à gauche des petits pois. » Le vendeur doit être un rigolo comme on n’en fait qu’à Amsterdam (les meilleurs sont sur les marchés, si, si,  je vous assure !). Il ne manquerait pas de me dire : “ Mais ma p’tite dame, vous êtes bien petite pour ces gros tampons ! »

 

Revenons à nos moutons : aux heures d’ouverture des magasins. En 2021, nous n’avons  plus trop à nous plaindre, du moins en ville. Les supermarchés sont ouverts tous les jours, souvent jusqu’à 21h. Et on y trouve pratiquement tout. Si en 1981, on ne trouvait de l’oseille nulle part le week-end à Amsterdam, maintenant on réussit sans problème à faire cette fameuse omelette du dimanche soir ! Rendez-vous dans les magasins bio, comme Markt, Landmarkt, EkoPlaza ou les marchés fermiers. Pour avoir de bons fruits et légumes en ville, aujourd’hui, on sait où aller, même le samedi soir et le dimanche ! 

La campagne, c’est une autre histoire. Cela sera peut-être même la prochaine histoire !