Elles se sont octroyé le droit
de nous en donner plus

Elles ont changé le cours de l’Histoire et sont pourtant, pour la plupart, absentes des manuels scolaires. Ce ne sont pas les figures les plus connues du féminisme ; néanmoins leur œuvre mérite toute notre reconnaissance. Six femmes : trois Françaises et trois Néerlandaises. Des femmes comme vous, nous, votre épouse, votre conjointe, votre amie, votre sœur. Ce qui les distingue ? Elles ont osé s’interroger, remettre en question ce qui était établi. Elles ont pris la parole, écrit, agi pour défendre leurs convictions, souvent à l’encontre de la pensée collective de leurs époques respectives. Ce qu’elles visaient ? De meilleures conditions de vie pour elles et pour les autres. Chaque action qu’elles ont entreprise a été une étape vers plus d’égalité entre les hommes et les femmes, avec une résonance dans leur propre pays mais aussi, parfois, dans le monde entier.

A travers ces mini portraits, Francine rend hommage à six grandes dames.

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Les pionnières :

🇫🇷
Marie Gouze dit Olympe de Gouges
1748-1793

“La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits.”

Étudiée partout dans le monde (et en particulier aux Etat-Unis) mais très peu dans son propre pays, cette figure de la Révolution française est considérée comme la première femme au monde ayant fait campagne pour le droit des femmes. Dans un contexte révolutionnaire, Olympe a également défendu l’idée d’une société humaniste.

 

S’il fallait retenir seulement trois faits la concernant : 

  • Elle a refusé de se remarier après son veuvage, a changé son nom d’épouse (Aubry) pour celui qu’on connait, et a choisi de vivre en union libre par la suite. Parfaitement « révolutionnaire » pour l’époque. 
  • Elle a monté sa propre troupe de théâtre qui représentait ses pièces. Elles avaient toutes une portée politique.
  • Elle a été guillotinée pour avoir placardé, dans Paris, des écrits relatant ses convictions.

S’il fallait retenir seulement trois de ses actions : 

  • Elle a rédigé la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en septembre 1791. 
  • Elle a défendu, dans ses écrits, toutes les personnes laissées pour compte : femmes, noirs, orphelins, enfants illégitimes.
  • Elle a dénoncé le mariage religieux, lui préférant l’idée d’un contrat social. 

🇳🇱
Anna Barbara van Meerten-Schilperoort
dit Barbara van Meerten-Schilderoort

17781853

Souvent laissée de côté dans les cours d’Histoire du genre car moins dans la revendication que d’autres figures, Barbara Van Meertenen a néanmoins marqué une étape non négligeable dans l’émancipation des femmes aux Pays-Bas. Elle a notamment défendu en paroles, en écrits et en actions l’importance d’éduquer les jeunes filles.

 

S’il fallait retenir seulement trois faits la concernant : 

  • Si elle ne prônait pas publiquement le fait que les femmes étaient égales aux hommes, l’ensemble de ses actions allaient dans ce sens.
  • Elle a écrit plus de 90 livres. 
  • Son école pour filles était considérée comme l’une des plus remarquables du pays.

 

S’il fallait retenir trois de ses actions :

  • Elle est la première femme propriétaire et rédactrice en chef d’un journal :  Pénélope.
  • Elle est la première personne à monter une association à caractère social dédiée aux femmes : Hulpbetoon aan Eerlijke en Vlijtige Armoede ( association diligente d’aide à la pauvreté), qui permet, entre autres, d’améliorer la condition des femmes en prison.
  • Elle est la première personne, aux Pays-Bas, à décréter que l’éducation des filles/femmes est aussi importante que celle des hommes.
Les suffragettes : 

🇫🇷 
Hubertine Auclert
1848 – 1914

“La femme est, comme l’homme, un être libre et autonome. À elle, comme à lui, la liberté de choisir la voie qui lui convient.“

Surnommée « la première suffragette Française », Hubertine Auclert a défendu toute sa vie l’idée que la femme était égale à l’homme. Pour elle, la première grande étape pour parvenir à cette égalité était l’élection d’une femme à un poste à responsabilité politique. Elle a également dénoncé l’inégalité flagrante du contrat de mariage. C’est notamment grâce à ses revendications qu’en 1908, les femmes acquièrent le droit de disposer de leur salaire en cas de divorce.

 

S’il fallait retenir seulement trois faits la concernant : 

  • Elle a voulu entrer dans les ordres, mais a été déboutée deux fois car trop indépendante.
  • Elle devient la première personne à utiliser le terme « féministe » et à se déclarer comme telle.
  • À contre-courant, elle a milité, avant tout, pour l’égalité des droits politiques.

S’il fallait retenir seulement trois de ses actions :

  • Elle a entamé une grève des impôts pour défendre l’idée que les femmes ne devaient pas se faire taxer par l’État tant qu’elles n’avaient pas de représentantes dans le système politique. 
  • Elle a lancé le journal La Citoyenne pour défendre le mouvement de libération des femmes.
  • Elle a dénoncé le double carcan des femmes en Algérie : celui du mariage et celui du colonialisme.

🇳🇱
Aletta Jacobs
1854 – 1929

La demande de justice exige un sens du devoir.

“De vraag naar recht eist gevoel van plicht.”

Première femme médecin, Aletta Jacobs a oeuvré toute sa vie pour aider les femmes et les personnes démunies. Elle a fait du contrôle des naissances et du droit de vote des femmes ses principaux sujets de lutte.

 

S’il fallait retenir seulement trois faits la concernant : 

  • Elle est la première femme à être diplômée de l’Université (sa soeur sera la seconde) aux Pays-Bas, en 1878. 
  • Elle est la première femme médecin du pays.
  • Elle est une pacifiste convaincue. 

 

S’il fallait retenir seulement trois de ses actions : 

  • Elle s’engage pour le droit de vote des femmes et dirige pendant 16 ans l’association Vereeniging voor Vrouwenkiesrecht (association pour le droit de vote des femmes). Elle verra son souhait le plus cher se réaliser en 1919.
  • Elle ouvre un cabinet, où elle soigne les femmes et les enfants, sur Herengracht (l’ironie ne vous aura pas échappé). Elle promeut des systèmes contraceptifs dont la dutch cap.
  • Elle est à l’origine de la création de La Ligue internationale des femmes pour la paix.
La seconde vague :

🇫🇷
Gisèle Halimi
19272020

« A-t-on encore, aujourd’hui, le droit, en France, dans un pays que l’on dit « civilisé », de condamner des femmes pour avoir disposé d’elles-mêmes ou pour avoir aidé l’une d’entre elles à disposer d’elle-même ? »

Militante convaincue, Gisèle Halimi a œuvré toute sa vie pour que les femmes et les hommes évoluent dans une société où ils seraient égaux en droits. Cette avocate a permis, en moins de trente ans, de faire voter deux lois fondamentales pour améliorer la condition des femmes en France. 

 

S’il fallait retenir seulement trois faits la concernant : 

  • Elle est signataire du manifeste des 343, pour réclamer le libre accès à l’avortement.
  • Elle a mis en lumière les méthodes cruelles de l’armée française pendant la guerre d’Algérie.
  • Elle a été ambassadrice de la France à l’Unesco.

 

S’il fallait retenir seulement trois de ses actions : 

  • Elle fonde, avec Simone de Beauvoir et Jean Rostand, l’association Choisir la cause des femmes.
  • Elle défend trois femmes accusées d’avortement (procès de Bobigny en 1972). Ce procès est une étape décisive vers la dépénalisation de l’avortement et le vote de la loi Veil. 
  • Elle a défendu des victimes de viol, dans plusieurs procès médiatiques. L’ensemble de ses travaux a été utilisé pour redéfinir légalement le viol. Depuis 1980, il n’est plus un délit mais un crime passible de 15 ans d’emprisonnement. 

🇳🇱
Johanna Elisabeth Smit dit Joke Smit
1933– 1981

Pendant que les hommes s’amusent, les femmes moisissent.”
Mannen hebben het heerlijk, vrouwen hebben het rot

 

Cette journaliste, à l’origine de la seconde vague féministe aux Pays-Bas, a revendiqué le droit des femmes à disposer de leur corps et a mis en lumière la difficulité d’épanouissement que rencontrent les femmes au foyer.

S’il fallait retenir seulement trois faits la concernant : 

  • Elle était linguiste : professeure de français puis responsable scientifique à l’institut de traduction de l’université d’Amsterdam.
  • Elle a été journaliste indépendante sur Paris pendant un an. Puis, de retour aux Pays-Bas, rédactrice en chef du magazine littéraire Tirade.
  • Membre du parti travailliste, elle a été élue au conseil municipal d’Amsterdam.

 

S’il fallait retenir seulement trois de ses actions : 

  • Elle a écrit Het disbehagen bij de Vrouw (La frustration de la femme), l’article référence qui lance la seconde vague féministe aux Pays-Bas.
  • Elle a cofondé l’association Man Vrouw Maatschappij qui, en continuité de l’article, a promu l’émancipation des femmes à travers diverses campagnes. L’association est également très connue pour avoir œuvré en faveur de l’éducation des femmes qui, encore dans les années 70, arrêtaient leurs études avant les hommes.
  • Elle a défendu l’idée d’une semaine de travail raccourcie pour les femmes et les hommes et la redistribution des tâches domestiques. 

pour aller plus loin

Tableau récapitulatif des étapes de l’émancipation des femmes en France et aux Pays-Bas

 

 🇫🇷 France🇳🇱 Pays-Bas

Première femme à être diplomée

de l’Université

18711878
Droit de vote19441919
Accès à la pillule19671962
Droit à l’avortement19751984
Accès libre à l’emploi pour les femmes mariées19651956