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Sarah Haïlé-Fida

Être ZZP, c’est rock ‘n roll !

Quand on parle des ZZP aux Pays-Bas, on ne parle pas d’un groupe de rock des années 80 dont la marque de fabrique était de longues barbes blondes. Non, il ne s’agit pas là des ZZTop mais bien du statut de certains travailleurs au pays du gouda. 

ZZP est l’acronyme néerlandais de Zelfstandige zonder personeel, ce qui signifie indépendant (sans employé(s)).

Les indépendants peuvent soit avoir le statut d’entreprise unipersonnelle (eenmanszaak), c’est-à-dire une entreprise dont ils sont les seuls actionnaires, soit avoir un autre statut comme être gérant d’une BV (besloten vennootschap) l’équivalent de la SARL française et avoir des actionnaires, mais pas d’employés.

Le ZZP est une personne qui travaille seule dans son entreprise ou qui travaille avec d’autres ZZP ou indépendants.

Pour autant les ZZP ne sont-ils pas des ZZTop ? Alors, je ne dis pas que les ZZP ont tous une longue barbe, ni qu’ils jouent du rock ! Mais pourquoi ne pas considérer les ZZP comme les rock stars du monde du travail ?

Les Pays-Bas : pays du travail indépendant ?

D’après CBS, l’INSEE néerlandaise, il y avait 1,1 million d’indépendants aux Pays-Bas en juin 2021. À ce chiffre s’ajoutent les 300 000 personnes qui sont ZZP en plus d’un travail salarié. Sur une population de 17,5 millions d’habitants.

En France, en 2019, les travailleurs indépendants représentaient 12,1% de la population active et 16,6% aux Pays-Bas, d’après les données de la Banque mondiale. Et ce chiffre est en constante augmentation depuis 2005 !

 

Pourquoi autant d’indépendants aux Pays-Bas ?

Cela n’étonnera sans doute pas grand monde: les Pays-Bas sont un pays de marchands, de commerçants et d’entrepreneurs. 

Dans son Testament politique, publié en 1688 après sa mort, Richelieu écrivait : “L’opulence des Hollandais qui, à proprement parler, ne sont qu’une poignée de gens, réduits en un coin de terre, où il n’y a que des eaux et des prairies, est un exemple et une preuve de l’utilité du commerce qui ne reçoit point de contestation”. 

Aujourd’hui, certains jobs étudiants sont des jobs indépendants : comme la distribution de journaux ou la livraison de repas à domicile. 

Mais une des raisons pour laquelle le travail indépendant est autant développé aux Pays-Bas tient sans doute au fait que la création d’entreprise, en tout cas d’entreprise unipersonnelle, est extrêmement simple et peu coûteuse.

Il suffit d’enregistrer son entreprise auprès de la chambre du commerce néerlandaise, la KvK. Cette formalité est rapide et coûte environ 50€ si vous vous enregistrez en tant qu’indépendant (ZZP). En ressortant de la KvK, vous êtes une entreprise unipersonnelle !

C’est tellement facile qu’on en oublie souvent que ce n’est que le début de l’aventure et qu’il va falloir y travailler !

Travail indépendant : futur du travail ?

Peut-être avez-vous déjà entendu cette expression “le futur du travail” ? Le sujet date du développement des plateformes – pensez livraisons de repas, trajets en taxi, etc. – et de la nouvelle relation d’”emploi” que cette organisation du travail crée.

Il y a plusieurs aspects dans ce que l’on appelle le futur du travail : le fait que le travail se fait de moins en moins dans le cadre d’un contrat de travail et le fait que l’exploitation des données permet de gérer la force de travail comme la production du service. Les personnes qui fournissent le service ne sont plus des salariés mais des indépendants, dont la charge de travail ainsi que son organisation sont gérées par de la gestion de données (des algorithmes). 

Ces plateformes ont certainement contribué au développement du nombre d’indépendants partout dans le monde. 

La tendance sur le marché du travail occidental est à l’individualisation. Il est demandé à chaque employé d’être responsable de son développement professionnel, de ses choix de carrière, du développement de ses compétences etc., tout en étant lié à l’entreprise par un lien de subordination symbolisé par le contrat de travail. 

En bref: “tu es responsable de tes compétences mais je décide sur quoi tu travailles.”

Ajoutez à cette évolution les ambitions des jeunes générations qui sont décrites comme plus individualistes, en tout cas dans le monde du travail et vous avez les ingrédients pour un changement sociétal et économique majeur avec le développement du travail indépendant, soit à temps plein comme source principale de revenus, soit à temps partiel en complément d’un emploi salarié.

Et cela ne touche pas que les jeunes, puisqu’aux Pays-Bas, les ZZP sont en moyenne plus âgés que les salariés : 59% des ZZP ont entre 45 et 75 ans alors que 41% des salariés sont dans ces tranches d’âge (source CBS).

De plus, la crise du Covid que nous venons de vivre (que nous vivons ?) pousse de nombreuses personnes à s’interroger sur le bien-fondé et le sens de leur emploi mais aussi sur le niveau d’autonomie et de flexibilité qu’elles souhaitent avoir.

88% des travailleurs du savoir disent qu’en recherchant un nouvel emploi, ils recherchent les offres qui proposent une flexibilité totale en termes d’horaires et de localisation,” montre une enquête menée par Citrix et HBR auprès de 2000 salariés du savoir et 500 RH aux États-Unis.  

Et dans ZZP, il y a selfstandige et ça veut dire indépendant… avec tout ce que cela représente : autonomie, flexibilité, liberté, mais aussi précarité et solitude.

Être indépendant, c’est...

En réponse à une question posée dans une communauté de ZZP francophones aux Pays-Bas (le Café ZZP : plus de 1200 membres), voilà ce qui s’est dit sur l’entrepreneuriat:

La question était : “Entreprendre, c’est…”

Et les réponses ont été : “fatigant”, “riche en émotions”, “savoir s’adapter au changement”, “l’occasion de tester”, “risquer de réussir”, “apprendre sur soi”, “s’adapter tous les jours”, “se réinventer chaque jour”, “c’est un roller coaster”, “c’est se faire confiance”, “c’est être libre et ne compter que sur soi”, “c’est sortir de sa zone de confort”…

 

Alors oui, certains diront qu’être indépendant et entreprendre ce n’est pas tout à fait la même chose, puisque dans un cas on n’est responsable que de soi-même et que dans l’autre on est potentiellement responsable de salariés.

Il n’empêche, être indépendant, c’est créer son activité et en vivre. 

C’est servir ses clients grâce à son expertise et son expérience et gérer son activité.

C’est prendre toutes les décisions et assumer tous les risques.

C’est être aussi à l’aise dans la relation client que dans le marketing et tout ça en gérant sa comptabilité et ses finances !

Être indépendant, c’est un statut qui cache une multitude d’activités différentes et c’est ce qui en attire certains et en repousse d’autres. 

Ce n’est certainement pas fait pour tout le monde, qu’il s’agisse de personnalités ou de besoins financiers. Comme en témoigne cet article

Et ce n’est pas une fin en soi ! On peut s’y réaliser comme on peut s’y perdre. 

Alors des rock stars les indépendants ? L’image “wild and free” peut sans doute en faire rêver certain.es mais au quotidien, c’est un travail, un labeur même, à part entière. 

Néanmoins indépendant ne veut pas dire seul et pour faire face au roller coaster – émotionnel, financier, de gestion du temps – qu’est l’entrepreneuriat, mieux vaut bien s’entourer !