Rencontre avec Delphine Petit-Postma Kraamzorg française à Amsterdam

Temps de lecture

25 minutes
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp

Kraam quoi ? C’est souvent ce que Delphine Petit-Postma entend lorsqu’elle commence à raconter son métier à des Français. Delphine  est kraamzorg.  À mi-chemin entre sage-femme et auxiliaire de puériculture, ce métier n’existe qu’aux Pays-Bas. Son rôle ? Aider les familles (et surtout la mère) pendant 8 à 10 jours après un accouchement. Ce métier fait partie intégrante du système obstétrique néerlandais unique au monde qui favorise l’accouchement à domicile. Vous vous en doutez, il n’y a pas beaucoup de kraamzorg Françaises   : elles sont deux sur Amsterdam. Découvrez l’histoire de Delphine et les raisons qui l’ont poussé à choisir ce métier fascinant.

 

Depuis combien d’années vis-tu aux Pays-Bas ?

 

Je suis née en France mais j’ai grandi ici, à Amsterdam, dans le quartier d’ Oud Zuid. J’étais entourée de ma mère, d’un beau père que j’adorais et de mon demi-frère. Je n’ai que des souvenirs heureux de cette période. À quinze ans, suite à la séparation de mon beau-père et de ma mère, nous sommes retournés en France. Rentrer à Paris a été un vrai choc. Je ne suis revenue aux Pays-Bas que bien plus tard. Avant cela, j’ai fait des études, sans motivation, dans une école de commerce, j’ai travaillé dans différentes entreprises, je me suis mariée et j’ai eu trois enfants. 

Lors de cette période en France, avais-tu encore des liens avec les Pays-Bas ?

 

Oui ! J’ai gardé contact avec mes amis et mon beau-père. Je revenais souvent en vacances ici avec mon demi-frère, puis bien plus tard avec ma propre famille. Ces voyages m’ont permis de ne pas oublier mon néerlandais, même si mon vocabulaire est longtemps resté celui d’une enfant de quinze ans. 

Comment es-tu revenue vivre ici ? 

 

 Alors que j’étais en train de me séparer de mon premier mari et d’envisager mon déménagement sur Troyes, mon amoureux de l’époque d’Oud-Zuid m’a recontactée. Je gardais un excellent souvenir de lui. Il faisait partie de ce passé que j’avais adoré. Très vite, on a eu envie de se mettre ensemble et d’habiter ensemble. Du coup, ça n’a pas été Troyes mais Amsterdam. La banque pour laquelle je travaillais a accepté ma mutation. J’ai alors déménagé avec mes deux plus jeunes enfants (l’aîné commençait ses études supérieures en France).  Un peu plus tard, je me suis remariée.

Comment es-tu passée de banquière à Kraamzorg ?

 

Je voyais mon mari passionné par son emploi et moi qui m’ennuyais terriblement dans le mien. Il m’a poussé en me disant : “Tu dois faire ce que tu aimes”. Ce que j’aime ? Facile : le fait d’être mère ! Par ailleurs, j’avais toujours en tête le souvenir de ma mère qui avait accouché aux Pays-Bas et qui ne l’avait pas très bien vécu. Je me suis donc dit que je voulais aider les expatriées françaises qui traversent une période compliquée avant et après l’accouchement. À l’époque, je ne connaissais pas encore le métier de kraamzorg et je pensais monter une entreprise de coaching, d’accompagnement, d’aide à la maternité. Pour ce faire et pour comprendre comment se déroule un accouchement aux Pays-Bas (mes trois enfants sont nés en France, j’avançais à tâtons), je suis entrée en contact avec un bureau de sages-femmes. L’une d’entre elles m’a expliqué et poussé vers ce métier. Il faut savoir qu’il y a un très gros besoin de kraamzorgs sur Amsterdam. Cela a fini de me convaincre que j’avais trouvé ma voie.

Qu’aimes-tu dans ce métier ?

 

La mission de la kraamzorg est de seconder la sage-femme lors de l’accouchement à domicile et de prendre soin de la mère et du bébé qui vient de naître, dans les huit jours qui suivent. Cela correspondait parfaitement avec mon désir d’être au contact des gens et surtout des mères. Ma motivation ? Être à leurs chevets. Je fais ce métier pour être avec elles. Si la maman va bien, le bébé ira bien. 

Je suis très émue quand je vois le regard d’une mère sur son enfant. 

La kraamzorg est également les yeux et les oreilles de la sage-femme. Elle la prévient dès qu’elle pense que quelque chose n’est pas normal, par exemple en cas de soupçon de dépression post-partum. 

Comment s’est passée ta reconversion ? 

 

Se replonger dans des études après quarante ans, ce n’est pas évident ! J’ai eu la chance d’être soutenue financièrement et psychologiquement par mon mari et mes enfants. Ma reconversion professionnelle est devenue un projet familial. Les cours se sont enchaînés rapidement. J’ai obtenu mon diplôme et j’ai monté mon entreprise : AMA (Aide Maman Amsterdam). Ainsi je travaille à la fois en tant qu’indépendante et en tant que freelance pour des bureaux de naissance. J’ai tout de suite reçu des demandes de mamans françaises pour que je sois leur kraamzorg.  

Comment se passe le travail de la kraamzorg quand il y a un accouchement à la maison ? 

 

La sage femme appelle la kraamzorg quand le travail est sur le point de commencer pour qu’elle  l’assiste au moment de la délivrance. Donner naissance à la maison permet au bébé une entrée dans le monde en douceur au contact d’un nombre restreint de personnes. Il ne voit que sa maman, son papa (ou autre partenaire) la sage femme et la kraamzorg pendant ses 8 premiers jours. (À se sujet, vous pouvez lire le témoignage d’Audrey, qui a accouché « à la dutch, ndlr.)

Mais, au sein de la communauté française d’Amsterdam, l’accouchement à domicile reste moins courant que l’accouchement à l’hôpital. Pour les Néerlandaises, en revanche, c’est ancré culturellement : un accouchement classique se fait à la maison. Notamment  parce que le métier de kraamzorg existe.

.  

Vois-tu d’autres différences culturelles au sujet de l’accouchement ?

 

Sans vouloir faire de généralité, j’ai le sentiment que, nous, les Français, nous sommes plus dans un besoin de comprendre l’accouchement, alors que les Néerlandais sont davantage dans l’idée de vivre l’acte. Cela va avec le fait que, dans son ensemble, le système de santé néerlandais est beaucoup moins médicalisé que le français. 

(voir notre article À quoi s’attendre quand on accouche aux Pays-Bas, ndlr.)

.  

Sais-tu s’il y a des kraamzorgs d’autres nationalités sur Amsterdam ? 

 

Je sais qu’il y a une kraamzorg japonaise et une kraamzorg australienne. Peut-être y-en-a-til d’autres ?

Penses-tu qu’il devrait y avoir des  kraamzorgs en France ?

 

Un de mes objectifs est de faire connaître ce métier en France. Je pense que ce serait bien qu’il y ait quelqu’un pour aider les mamans, là-bas aussi, après leur retour de l’hôpital. Cela peut être une kraamzorg, une doula post-partum, une auxiliaire médicale…Tant que l’on trouve une façon d’aider les mères !

Aujourd’hui te sens-tu plus Française ou Néerlandaise ?

 

Même si j’adore vivre ici, je suis française à fond ! La façon qu’ont les Néerlandais d’être aussi directs, me surprend encore. Parfois c’est un sacré gain de temps et parfois c’est très gênant !

 

Quelle adresse voulez-vous ajouter à notre (futur) carnet d’adresses ?

 

Le café-restaurant Amsterdam à côté de Westerpark. C’est un endroit magique, très beau, où ils servent des plateaux de fruits de mer sublimes.   

 

 

Vous-êtes plutôt :

 

Stroopwafels ou Poffertjes ?

Depuis toujours, sans hésiter, Poffertjes !

Bitterballen ou Kaasstick ?

Bitterballen

Heineken ou Amstel ?

Heineken, sans hésiter là aussi !

Carte d'identité

Prénom : Delphine

Nom : Petit-Postma

Profession : kraamzorg

Site : https://aide-maman-amsterdam.nl

Podcast : Au coeur de la famille