à quoi s’attendre quand on accouche aux Pays-Bas ?

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Rien n’est plus fantasmé qu’une grossesse et un accouchement : entre ce qu’on voit au cinéma, ce qu’on nous raconte, ce que l’on imagine… Notre esprit de femme enceinte boosté aux hormones ne fait que vagabonder au gré des idées et des informations que l’on reçoit. Le fait de donner la vie dans un pays étranger accentue cette tendance. Cela donne lieu à davantage encore de suppositions, d’interrogations et, souvent, d’angoisses. Les Pays-Bas ont la réputation de promouvoir un accouchement « naturel ». Est-ce vrai ? Comment cela se traduit-il concrètement ? Francine a pris le sujet à bras le corps (c’est du vécu !) et vous aide à y voir plus clair.

UN MODÈLE HOME MADE

Le modèle obstétrique néerlandais est unique au monde. Désuet pour certains ou, au contraire, précurseur pour d’autres, il est l’objet de nombreuses discussions dans la sphère médicale.  Alors que dans les autres pays occidentaux le travail des « accoucheuses » a été conféré aux gynécologues-obstétriciens, aux Pays-Bas, sauf grossesse compliquée, il est le fait des sages-femmes. De la même façon, l’accouchement à la maison est commun et pour le rendre réalisable le duo sage-femme-KRAAMZORG, qui n’existe qu’ici, est essentiel. 

Ainsi, lorsque vous annoncez être enceinte à votre assurance, elle vous envoie le fameux kraampakket contenant tout le nécessaire pour accoucher à la maison. En 2019, aux Pays-Bas, 16 % des naissances ont eu lieu à domicile. Si l’on se concentre sur les secondes naissances uniquement, ce chiffre double. Néanmoins nous sommes loin des 75 % qui étaient enregistrés dans les années soixante. La baisse de cette pratique s’explique par la mise en place de nombreuses maisons de naissance dans le pays ces dernières années et par l’arrivée de la sacro-sainte péridurale, que l’on ne peut obtenir qu’en accouchant à l’hôpital. En comparaison, en France, ce sont 0,14% des naissances qui se passent à domicile (eh oui, en France aussi on peut accoucher à la maison !). 

Cette différence entre nos deux pays s’inscrit dans un rapport au système médical globalement contrasté : médicalisé, préventionniste et subventionné par la Sécurité Sociale pour la France, peu médicalisé et assujetti aux assurances privées pour les Pays-Bas. Si, en tant qu’expat’, nous nous arrachons souvent les cheveux face à cette culture du « paracétamol qui soigne tout », il faut le reconnaître : quand il s’agit de la maternité, il semble que notre pays d’adoption MARQUE DES POINTS.

" Vous n'êtes pas malade."

Comme Audrey le rapporte dans son témoignage, l’une des premières choses que la sage-femme vous dira, lors de votre premier rendez-vous avec elle, est que vous n’êtes pas malade. Au contraire : « Vous vivez l’expérience la plus naturelle au monde ! ».

Ici, pas de condescendance de la part des personnes qui vous accompagnent. Vous n’avez pas d’un côté le gynécologue qui sait mieux que vous et de l’autre vos envies. Non. Vous avez des sages-femmes qui vous suivent, vous écoutent et vous guident. Au-delà des mots bienveillants (« Vous lui avez construit une belle maison à votre bébé ! ») et rassurants qu’elle glissera à chaque rencontre (« Des milliers de femmes le font chaque jour, faites-vous confiance ! »), la sage-femme s’assure que votre grossesse se déroule normalement.

Lors de chaque rencontre mensuelle (hebdomadaire à partir du 9e mois de grossesse), elle entend vos plaintes, si vous en avez, et vous aiguille pour les soulager ; elle écoute le cœur du bébé à l’aide d’un doppler, mesure la circonférence de votre ventre et prend votre tension. Peut-être fera-t-elle un test, une fois, pour vérifier que vous n’êtes pas anémiée, en cas de gros coup de fatigue. Vous l’aurez compris, une grossesse plus « naturelle » aux Pays-Bas, cela se traduit concrètement par beaucoup moins d’interventions médicales qu’en France. En effet, si votre grossesse est ponctuée d’autant d’échographies que dans l’Hexagone, vous n’avez, en revanche, que très peu de tests à effectuer. Vous n’êtes pas immunisée contre la toxoplasmose ? Aux Pays-Bas, elle est considérée comme une maladie trop rare pour être contrôlée en permanence. On informe et prévient comment l’éviter (ne touchez pas les déjections de votre chaton à mains nues). Cela s’arrête là. On est loin des tests mensuels effectués en France ! Il en va de même pour le test de diabète gestationnel, qui ne se fait ici qu’en cas d’antécédent. 

N’oubliez pas : vous êtes dans un système de santé où le moindre coût est scruté à la loupe par les assurances privées. Libre à vous d’effectuer plus de tests ! À votre demande, votre sage-femme vous les prescrira, non sans vous rappelez que vous devrez les payer de votre poche. De la même façon, si vous vous attendez à être pesée à chaque entrevue, oubliez. Cela ne se produira que si vous le souhaitez et le demandez ! On considère que c’est votre corps, votre grossesse : vous êtes la seule à en tenir les rênes. 

Et pour l’accouchement, ce sera avec ou sans péri ?

Aux Pays-Bas, la femme sur le point d’accoucher a le choix. Vous souhaitez aller à l’hôpital ? Dans une chambre avec un bassin ? Aucun souci, on organise ça ! Vous préférez profiter du confort de votre maison ? C’est possible aussi et tout est prévu pour. Vous hésitez et, du coup, la maison de naissance vous semble la meilleure option ? Foncez, il y en a plein le pays ! La seule chose qui n’est pas admise, c’est la césarienne de confort. Pourquoi ? Car il s’agit d’un geste chirurgical que les sages-femmes ne sont pas habilitées à pratiquer. 

Ici, si votre grossesse se déroule normalement et votre accouchement se présente comme tel, ce sera une sage-femme du cabinet qui vous accouchera, que ce soit à l’hôpital ou à la maison, selon votre désir.  De la même façon, vous avez le choix de demander ou non une péridurale, d’envisager la position dans laquelle vous souhaitez pousser. Si vous pensiez que donner la vie se fait nécessairement sur le dos, les pieds dans des étriers, sachez que c’est faux (et contraire à la loi de la gravité). Cette position privilégiée en Occident, l’est uniquement pour le confort des personnes qui vous accouchent. De fait, aux Pays-Bas, c’est celui de la mère qui prime et vous pouvez demander à essayer d’accoucher accroupie, sur le côté, debout, comme bon vous semble ! Une fois que l’on a bien compris toutes les options, on les note noir sur blanc dans son « projet de naissance ». Ce document sera entre les mains de votre sage-femme au moment de l’accouchement et elle fera en sorte de le respecter au maximum. 

Encore faut-il connaître et comprendre l’ensemble des options qui nous sont offertes, ce qui n’est pas forcément évident quand il s’agit d’une première grossesse ou d’une première grossesse aux Pays-Bas. Pour cela, posez toutes les questions qui vous passent par la tête, sans tabou, à votre sage-femme. Elle en a vu d’autres ! Elle y répondra et vous aiguillera vers toutes les lectures, les conseillers et les services périnataux qui peuvent vous aider à prendre les décisions en phase avec vos envies : cours de préparation à l’accouchement divers et variés, yoga prénatal, hypnobirthing… Tant de possibilités ! Elle vous rappellera également de prendre rendez-vous avec votre kraamzorg, cette petite « fée » qui prendra soin de vous et de votre bébé dans les 8 à 10 jours qui suivront votre accouchement. Sachez que si vous optez pour un accouchement à l’hôpital et qu’il s’est déroulé sans accroc, vous pouvez être renvoyée chez vous dans les trois heures qui suivent. À peine le temps de digérer les fameuses tartines de muisjes !

 

Si vous pensez que vivre votre grossesse et votre accouchement aux Pays-Bas est une grande aventure, vous allez découvrir que la période du post-partum est probablement LE défi de votre vie. Pour cette raison et pour vous aider à vous y préparer, Francine à vélo y consacrera un article approfondi très bientôt.

À noter

Saviez-vous qu’il y a deux Kraamzorgs Françaises à Amsterdam ? Communiquer dans sa langue maternelle avec celle qui prendra soin de vous et de votre bébé après votre accouchement peut s’avérer précieux. N’hésitez pas à les contacter pour réserver leurs services. 

NATHALIE BARTHOULOT

DELPHINE PETIT-POSTMA