Post-partum : tout n’est pas toujours rose au pays des tulipes

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Les Néerlandais sont cités en exemple pour leur approche “naturelle” de la grossesse et de l’accouchement. Sur Francine à vélo, nous avons eu l’occasion d’aborder le sujet : que ce soit dans CET ARTICLE DÉDIÉ, lors de L’EXPÉRIENCE Touchante vécue par l’une de nos lectrices ou encore lorsque Delphine Petit-Postma a partagé sa passion pour son métier de Kraamzorg. Mais qu’en est-il du post-partum ? Est-il plus beau aux Pays-Bas qu’ailleurs ? Alors que le sentiment de solitude et le repli sur soi sont courants après la naissance d’un enfant, vivre cette période particulière en tant qu’expatrié.e ne serait-ce pas s’imposer une double peine ? Quelles solutions existent aux Pays-Bas pour aider les nouveaux parents ? Que peut-on faire pour mieux appréhender la situation ? J’ai décidé de décortiquer ce sujet et de partager un bout de mon expérience afin d’informer au mieux les (futurs) parents et de nuancer la tendance actuelle qui tend à affirmer que les Pays-Bas, c’est LE meilleur endroit sur Terre pour vivre son post-partum.

Post-partum : le B-A-BA pour aller au bout du tabou

Je ne pouvais pas écrire un article sur le post-partum sans expliquer exactement de quoi il s’agit. Invisibilisé pendant des années, ce sujet reste obscur pour beaucoup. C’est en 2020 que le mouvement #monpostpartum lève le voile sur la réalité de l’après-naissance. Depuis, tous les témoignages, les podcasts, les documentaires, les parutions ont permis et permettent encore de déconstruire l’idée selon laquelle le bonheur est nécessairement au bout de l’accouchement. Aujourd’hui, nous le savons : le post-partum n’est pas qu’une période de béatitude. Si pour certains, elle ne présente pas de difficultés insurmontables, pour d’autres elle peut être une énorme claque. 




Selon l’OMS, le post-partum dure du moment où le placenta est expulsé au moment où la femme retrouve un cycle menstruel normal. D’un point de vue médical, c’est donc une période qui s’étend sur six semaines. Néanmoins, en ce qui concerne l’impact psychologique, la plupart des praticiens estiment que le post-partum s’étend sur plusieurs mois. La “sage-meuf” Anna Roy (héroïne des temps modernes dont les prises de positions sur le post-partum sont addictives tant elles sont percutantes) considère, pour sa part, que le post-partum dure trois ans  (Comme l’amour, selon Beigbeder, le glamour en moins). Vous l’aurez compris, il n’y a pas de consensus en la matière. Je vais donc le définir ainsi : c’est le temps qu’il faut pour appréhender tous les changements physiques, psychologiques, matériels induits par la parentalité nouvelle. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y en a une tonne !

Et la dépression post partum ?

À ne pas confondre avec le baby-blues, qui survient quelques jours après l’accouchement et ne dépasse pas une dizaine de jours, la dépression post-partum débute vers la sixième semaine. Elle peut durer des mois, si elle n’est pas prise en charge rapidement. On estime qu’elle touche 20% des femmes ayant accouché. Mais ce chiffre est à revoir à la hausse puisqu’il concerne uniquement les cas déclarés. La DPP peut revêtir plusieurs formes* et recouvrir une série de symptômes différents. On note parmi eux : une difficulté à nouer des liens avec son enfant, une grande fatigue, des troubles alimentaires, des troubles du sommeil, une grande irritabilité, des troubles de l’anxiété, une hypervigilance ou encore des épisodes de psychose puerpérale, etc. 

Si on ne sait pas exactement ce qui peut la provoquer, on sait qu’un ensemble de facteurs la rend plus propice : antécédents psychologiques, troubles pendant la grossesse, fluctuations hormonales, accouchement traumatisant, partenaire aux abonnés absents…

En bref, la dépression post-partum peut toucher toutes les mères, sans moyen infaillible pour l’anticiper. La façon dont la mère et son entourage (partenaire, familles, amis, soignants…) mesurent la situation est déterminante dans la rapidité de la guérison. 

À noter : les nouveaux pères peuvent également connaître un épisode dépressif en post-partum. Cela concerne environ 10% de la population masculine. Ici aussi : sujet tabou ou peu considéré ? Probablement les deux ! Il est, à  ce jour, très peu étudié et les chiffres annoncés sont à revoir à la hausse.

 

Les limites du système néerandais

Témoignage

Lors de mon accouchement, mon corps et ma tête ont subi une suite de multiples chocs qui ont généré un traumatisme. 

Pour la première fois de ma vie, j’avais besoin qu’on s’occupe de moi, qu’on me soigne, qu’on prenne soin de moi. Au lieu de cela, pour la première fois de ma vie, je devais maintenir en vie un autre être qui ne pouvait compter que sur moi. 

Ce sentiment de responsabilité écrasante, alors que j’étais arrivée au bout de ce que j’étais capable d’endurer, associé au fait d’être loin de mes références (famille, amis…) et d’être confrontée à un système de santé, dont je ne connaissais pas les rouages, m’ont fait glisser dans une dépression post-partum.”

Il y a beaucoup de points positifs à retenir de la façon dont les Néerlandais appréhendent la grossesse, l’accouchement et les jours qui le suivent. C’est indéniable. La présence de la Kraamzorg est une véritable bénédiction d’autant qu’ici, si l’accouchement se passe bien, le retour à la maison peut se faire trois heures après. Oui, TROIS heures, soit moins de temps que pour effectuer un trajet Amsterdam-Paris, en Thalys. Nous avons pu parler en détail de cette aide médicale, cet accompagnement physique et psychologique essentiel. Mais que se passe-t-il une fois que la kraamweek est passée ? Qu’est-ce qui est prévu lorsque la porte d’entrée de l’appartement se ferme sur cette femme qui a été notre meilleur soutien l’espace de cet instant si particulier ? 

Pas grand-chose.  

Dans les familles néerlandaises, les nouveaux parents peuvent s’appuyer sur les grand-parents pour souffler un peu ou demander conseil, mais pour les familles d’expatriés, cette “béquille” n’existe pas. 

Côté santé de la maman, un seul rendez-vous avec les sages-femmes est prévu. Il a lieu environ un mois après l’accouchement et sert notamment à évaluer l’état psychologique de la nouvelle mère. Mais c’est un examen rapide. Est-ce le bon moment pour vous confier sur les difficultés que vous rencontrez ? En aurez-vous la force, la volonté, le désir, à ce moment précis, en particulier si vous êtes en dépression post-partum ? Rien n’est moins sûr. 

Si vous avez raté cette fenêtre de tir (Comment ça vous n’aviez pas dormi depuis trois jours et vous aviez pour seule pensée les maux de ventre/ la couleur étrange du caca dans la couche matinale/ le poids de votre enfant ?), il vous reste les premières visites aux Consultatiebureau (sorte de PMI locale) prévues pour votre enfant mais au cours desquelles on vous demandera (quand même !) rapidement comment vous allez. Selon votre réponse mais surtout selon la personne que vous aurez en face de vous, vous trouverez, ou non, du soutien et de bonnes recommandations. Pour ma part, quand mon conjoint et moi-même avons réussi à articuler, devant cette personne, qui nous était complètement étrangère : “ça ne va pas bien du tout“, nous avons eu pour seule réponse un laconique : “ça va passer”. Attention, cela reste une expérience personnelle à ne point ériger en généralité. Néanmoins, ne nous voilons pas la face : Francais aux Pays-Bas, nous faisons face à un choc de culture concernant le système de santé. Ici, si vous ne criez pas que vous avez besoin d’aide, vous aurez peu de chance de la trouver. Que ce soit pour votre santé ou celle de votre enfant, que vous vous adressiez au Consultatibureau ou à votre GP (ici, le pédiatre c’est uniquement à l’hôpital !), il est courant de devoir insister très lourdement pour obtenir l’attention et les soins dont vous avez besoin. Évidemment, c’est souvent lorsqu’on vient d’avoir un enfant qu’on découvre cette spécificité locale. 

Autre désillusion, mais non des moindres, si vous pensiez habiter un pays plus évolué que la France en matière d’aides à la parentalité, revoyez vos attentes. Ce n’est pas parce que vous habitez dans un pays au Nord que vous êtes dans un pays “nordique”. Jusqu’en 2019, le congé du partenaire aux Pays-Bas était de deux jours ! Aujourd’hui, il est de 6 semaines, soit une semaine de plus qu’en France. Le congé maternité, quant à lui, compte 112 jours soit exactement la même durée qu’en France.

Des femmes qui aident les femmes

“ Nous avons fondé Le Village, pour prévenir l’isolement des jeunes mères expatriées et pour re-créer ce réseau de mères, soeurs, amies que beaucoup ont dû laisser en venant s’installer aux Pays-Bas. Ce Village est un lieu d’écoute, de bienveillance, d’entraide et de solidarité.”  

 

Margaux Henegrave & VICTOIRE JACASSON

Donner naissance à son premier enfant dans un pays étranger et donc, en ce qui nous concerne, aux Pays-Bas, augmente nécessairement la difficulté de la situation. C’est en partant de ce constat, après l’avoir elles-mêmes vécu, que Margaux Henegrave et Victoire Jacasson ont décidé de lancer Le Village Amsterdam. Cette association de femmes bénévoles fonctionne sur le principe du marrainage : des mères se proposent d’aider des femmes venant d’accoucher à Amsterdam. Le but ? Offrir un soutien : que ce soit une oreille attentive, des conseils sur la gestion du quotidien avec un nouveau-né, une présence rassurante, tout est bon pour que la nouvelle mère se sente épaulée par une personne d’expérience. Évidemment, les marraines ne sont pas en mesure de donner des conseils médicaux, mais peuvent indiquer quel professionnel de santé contacter le cas échéant, en se fondant sur leur propre expérience ou sur le réseau du Village. Si elles soupçonnent un cas de dépression post-partum, elles en informent le bureau de l’association et s’enquièrent de leurs conseils. Toute femme enceinte ou venant d’accoucher peut contacter le Village pour faire une demande de marrainage ou bénéficier du réseau. Dans la mesure du possible, l’association essaie de mettre en relation une filleule et une marraine qui vivent à proximité. Si la majorité des femmes qui contactent Le Village vivent leur première grossesse aux Pays-Bas, celles qui en sont à une seconde ou troisième ne sont pas en reste. Qui a vécu une fois un post-partum compliqué, n’a pas envie de prendre le risque de revivre ce sentiment d’isolement une seconde fois. Et puis, quoi qu’il arrive : cela fait toujours du bien de pouvoir lâcher tout ce qu’on se retient de dire à la maison à quelqu’un d’extérieur qui ne vous jugera pas.
Pour le moment, Le Village est présent sur Amsterdam uniquement, mais l’association a pour projet de s’étendre à d’autres grandes villes des Pays-Bas, dans les mois à venir. 

Limiter les difficultés inhérentes au post-partum quand on est une Française aux Pays-Bas :
  • Contactez Le Village (au mieux avant votre terme, sinon après) : info.levillage@gmail.com
  • Prenez une kraamzorg qui parle votre langue maternelle (voir plus bas)
  • Dans la mesure du possible, faites-vous suivre par une sage-femme qui parle votre langue maternelle. (voir plus bas)
  • Rendez visite au Consulatiebureau duquel vous dépendez. Imprégnez-vous des lieux et, si possible, demandez à comprendre comment les premières visites se passent. 
  • Si ce n’est déjà fait, rencontrez votre médecin traitant (GP) avant d’accoucher.
  • Se rendre chez Kruidvat, Etos ou encore Holland and Barrett pour voir et comprendre quels sont les médicaments/ soins / laits infantiles pour nouveaux nés. 
  • Demandez (ou non !) aux grand-parents de venir donner un coup de main (N.B :  S’ils viennent, c’est pour aider, si c’est pour rajouter du travail ou donner des conseils non sollicités, il vaut mieux qu’ils vous rendent visite plus tard et pas trop longtemps.)
  • Parler. Raconter ce que vous vivez, vos questions, vos doutes à vos amies, vos parents ou votre marraine du Village.
  • Demandez à vos amies-mères sur place ou ailleurs les difficultés qu’elles ont rencontrées, leurs tuyaux sur les sujets les plus communs. 
  • Lisez, écoutez des témoignages sur des expériences qui ressemblent à la vôtre.
  • Entourez-vous de praticiens qui sauront vous accompagner. (c.f ci-dessous)

LE CARNET D’ADRESSES DE FRANCINE DE LA GROSSESSE ET DU POST-PARTUM

à Amsterdam

Cabinet de sages femmes

Nous vous invitons à vous inscrire sur les groupes Facebook de maternité  Mamans à Amsterdam, Mamans à La Haye où la question est maintes fois évoquée afin de connaître les avis des autres femmes sur tel ou tel cabinet. Deux noms de sages-femmes francophones reviennent souvent : 

https://www.pranatality.com Cyrielle Chock

https://verloskundigen101.nl (Olief)

Parentally

 

Fondé par deux françaises d’Amsterdam (Cocorico !), Parentally est un carnet d’adresses malin pour les parents (expatriés ou non). Retrouvez tous les praticiens dont vous pouvez avoir besoin au cours de votre parentalité (grossesse, accouchement, post-partum et plus encore) en quelques clics. Le plus ? Les praticiens sont notés par les parents. De quoi faire le bon choix.

Aide à l’après-naissance

Rééducation du périnée (surprise, surprise : aux Pays-Bas elle n’est pas automatiquement recommandée ) https://www.fsmaternity.com Flore Ala

https://www.pranatality.com Cyrielle Schock

Psychologue : 

Julia Banet : https://juliabanet.carrd.co 

Et ailleurs :

Online

Groupe de discussion pré & postnatal :  

Claire Shepers

HTTPS://WWW.CLAIRE-SCHEPERS.COM/GROUPE-POSTNATAL/

Leiden

Kraamzorg https://www.zorg-vuldig.nl (Alice)

Vivre son post-partum en tant que Français aux Pays-Bas, l’horreur ? N’exagérons pas. Comme partout ailleurs, tout dépend de son état psychologique pré et post-naissance, des rencontres et du soutien que l’on trouve. On identifiera toujours des points positifs d’être ici et des regrets de ne pas être ailleurs. Si, après avoir regardé un documentaire sur l’accouchement à domicile et le travail de la Kraamzorg, vous vous êtes dit que les Pays-Bas c’était THE PLACE TO BE pour y vivre votre post-partum idéal, je vous invite à mesurer les pertes que ce choix induit : absence d’un cercle familial et amical, barrière de la langue, pertes de repères, différences culturelles… Contrairement à ce qu’on pourrait penser, tout n’est pas toujours rose au pays des tulipes quand on n’est pas d’ici et qu’on est en train de vivre l’un des plus grands chamboulements de sa vie. Heureusement, la sonorité a pris le relais et pallie le manque d’accompagnement que notre situation spécifique induit.

 

 

 

Comme une grossesse et un accouchement qui durent trop longtemps, cet article a mis plus d’un an à sortir. Il est de ces sujets qui vous touchent de si près qu’ils sont plus difficiles à traiter. Je remercie les personnes que j’ai interrogées et mes co-Francines pour leur patience. Je dédie cet article à mon fils qui vient de fêter ses quatre ans, mais aussi à celle que j’étais, il y a quatre ans. Je ferme ici et maintenant la parenthèse de notre post-partum. 
J’ai une pensée pour cette femme qui me lit, peut-être, et qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle vient d’accomplir la chose la plus puissante au monde et pourtant une partie d’elle-même semble brisée. Sache que ce que tu ressens, d’autres peuvent le comprendre. Elles ne le crient pas forcément sur les toits, mais elles peuvent imaginer ce que tu traverses. Tu n’es pas seule ! Raconte ce que tu vis, éprouves, endures à une personne de confiance et tu apercevras un éclat de lumière au bout du tunnel.
 

 

*Dans une volonté de simplifier nos propos, nous avons fait le choix de regrouper les pathologies psychologiques inhérentes au Post-Partum sous l’appellation “dépression post-partum”.

à Amsterdam