Pourquoi a-t-on tellement de mal avec le néerlandais ?

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Après des mois voire des années à vivre aux Pays-Bas, vous ne parlez toujours néerlandais ? Rien d’inhabituel à cela : vous êtes comme la majorité des expatriés français. Mais quelle est la raison derrière cette abstinence collégiale ? Paresse recouverte d’excuses bidons ou motifs circonstanciels et culturels ? 

Avis à tous : il est temps de traiter ce sujet houleux (il a même fait des vagues au sein de la rédaction, c’est pour dire !) et de répondre à la question : pourquoi avons-nous tellement de mal avec le néerlandais ?

Je n’ai pas le temps !  Ce n’est pas ma priorité. C’est beaucoup trop laid. C’est beaucoup trop dur ! Pourquoi faire ? Quand il s’agit de répondre à l’éternelle question  « Est-ce que tu parles le néerlandais ? », toute réponse négative est systématiquement suivie d’une pluie de justifications. Avouons-le : nous ne sommes pas très fiers de notre obstination à ne pas parler le dutch. Pour preuve, nous couvrons souvent notre gêne d’une ritournelle qui évolue selon notre public et les mois ou années que nous avons déjà passés sur place. Quand on pense à tout ce temps utilisé pour trouver des excuses et donner des explications hasardeuses… Il aurait pu être investi autrement : dans des cours (de perfectionnement) de néerlandais, par exemple ! 

Mais, au final, qu’est-ce qui nous empêche de parler néerlandais ?

Raison #1 : Nous ne sommes pas obligés de nous y coller !

C’est évident et pourtant on a tendance à l’oublier : en tant que détenteur d’un passeport européen, aucune loi ou aucune instance ne nous oblige à apprendre et pratiquer le néerlandais pour vivre dans le pays. Contrairement aux non-européens qui sont soumis à la loi WIN et doivent obtenir un permis de résidence longue durée qui passe, notamment, par la réussite d’un test de langue.

Raison #2 : Nous n’en avons pas besoin, a priori.

Si nous vivions en Italie, nous parlerions italien ; en Espagne, espagnol, etc. Que nous y séjournions un an ou deux mois, nous n’aurions pas le choix parce que les habitants y parlent peu ou pas anglais, contrairement aux Néerlandais qui le parlent extrêmement bien. Biberonnées aux films en VO et évalués par un système scolaire qui met l’accent sur l’apprentissage de la langue de Shakespeare (depuis les années 60 !), ils sont le peuple non-anglophone qui PARLE LE MIEUX ANGLAIS AU MONDE. Il existe même un mot portemanteau pour désigner les petites erreurs typiques faites par les Dutchs quand ils parlent anglais : dunglish ou nengels (selon le côté de la mer du Nord où l’on se trouve). Avec 93 % de sa population qui parle anglais couramment, les Pays-Bas sont une terre d’accueil parfaite pour toute personne qui baragouine suffisamment l’anglais. Dans les bureaux des grandes entreprises étrangères (mais aussi locales, parfois !) implantées dans le pays, il est également courant que la langue officielle soit l’anglais. Ainsi, vous pouvez travailler, vaquer à vos tâches courantes et échanger avec vos interlocuteurs locaux en anglais, et cela n’étonne ni ne vexe personne. De fait, il n’est pas rare que des personnes viennent vivre aux Pays-Bas pour améliorer leur anglais !

Les néerlandais parlent donc très bien anglais. Trop ? Comment, en effet, en tant qu’expatrié, ne pas succomber à la facilité en se concentrant uniquement sur la langue de Shakespeare et Thoreau et oublier celle de (mais de qui d’ailleurs ?) Vondel. D’autant que pour nous, Français, l’apprentissage des langues étrangères ne va pas de soi et nous sommes déjà bien heureux quand nous parlons un anglais fluent

Raison #3 : En tant que Français, nous sommes mal barrés !

Contrairement à notre pays d’adoption, la France est mauvaise élève en ce qui concerne l’apprentissage des langues étrangères. Ajoutons à cela le fait que le néerlandais et le français ne partagent que très peu de similarités et nous avons un cocktail parfait pour ne pas briller. Ce serait tellement plus facile de se mettre à l’espagnol ou l’italien, ces langues aux racines communes à la nôtre ! Nos pauvres oreilles bercées de sonorités latines saignent à l’écoute de ce barbare dutch. Pour cette raison, il n’est pas rare d’entendre dans les cercles d’expatriés francophones ce « bon mot » bien de chez nous : « Si la nature a donné aux Dutchs l’avantage de la beauté physique, elle a rétabli l’équilibre en les faisant parler néerlandais. »*. Rassurons-nous ! Au bout d’un moment, nos oreilles finissent par s’habituer et notre esprit par s’ouvrir…

Raison #4 : Nous avons 30% de raisons en plus pour ne pas nous investir davantage.

Quand on est en CDD sans espoir de CDI, on ne s’investit pas plus que ça dans un nouveau job. C’est le même principe qui s’applique ici avec nombre d’expatriés qui viennent aux Pays-Bas sachant qu’ils n’y seront que de passage. C’est le grand bémol du fameux 30 % ruling qui fait des Pays-Bas LA terre d’accueil pour expatriés surqualifiés mais peu désireux de s’intégrer. Avec une application sur dix ans à son lancement, réduite aujourd’hui à cinq ans, de moins en moins de personnes concernées se lancent dans l’apprentissage du néerlandais. 

« À quoi bon ?! »

 

Raison #5 : Nous ne sommes pas toujours récompensés pour nos efforts...

Qui ne l’a pas vécu ? Que ce soit après quelques heures de cours auprès de la Gemeente, d’un professeur particulier ou après quelques séances de Duolingo, vous vous sentez prêt.e à vaincre votre timidité et à tester votre nouvelle compétence linguistique. Armé.e de votre plus grand sourire, vous vous rendez dans un magasin et posez votre première question un peu élaborée en néerlandais (complément, verbe, sujet, complément 1, particule). Ceci fait, fièr.e comme Artaban, votre grand sourire toujours sur vos lèvres et vos oreilles aux aguets, vous attendez la réponse de votre interlocuteur avec excitation. Mais quand elle arrive, elle est en anglais ! Un poil vexant, n’est-ce pas ? Cependant, il ne faut pas oublier l’élément essentiel à se remémorer avant toute interaction sociale aux Pays-Bas : le Dutch est direct et pragmatique. Si vous répondre en anglais lui fait gagner du temps, il le fera, sans penser une seule seconde qu’il froisse ou non votre ego (de fait, il n’a pas le temps pour ça). Malheureusement, cela arrive assez souvent, comme nous l’évoquait Mathilde Baillarger

En revanche, on peut également considérer ces réponses en anglais comme une marque de gentillesse : ils souhaitent probablement nous éviter la gêne de ne pas les comprendre…

Maintenant que nous avons listé les difficultés que nous rencontrons pour nous mettre sérieusement et définitivement au néerlandais, listons rapidement cinq raisons de nous y (re)mettre, dès aujourd’hui !

 

5 raisons de se (re)mettre au néerlandais aujourd’hui

1.

 On se sentira (et on sera) plus intégré !

2.

On comprendra enfin ce qui se dit autour de nous dans les restaurants, les transports et au travail. (Et de fait, on réduira drastiquement notre degré de paranoïa. Ça soulagera tout le monde !).

3.

On arrêtera de transpirer à grosses gouttes à la vue du courrier et des tâches administratives en général !

4.

Nos amis néerlandais apprécieront l’effort. (Si, si, au bout d’un moment, vous verrez !)

5.

On fera sonner notre accent français – considéré comme étant un des plus sexy au monde – dans une nouvelle langue.

Suite au débat mouvementé au sein de la rédac’, nous avons décidé de faire de Francine à vélo un média qui incite à sortir de sa bulle d’expat’ français aux Pays-Bas à travers l’usage ludique du néerlandais. Pour cela, vous verrez apparaître régulièrement des phrases en dutch dans nos illustrations, à partir de maintenant !

 

* À prononcer dans un phrasé ampoulé, lors d’un dîner mondain, un verre de vin hors de prix à la main. Vient compléter le discours explicatif du « pourquoi je ne parle pas néerlandais ».